Publié le 2 novembre 2026, modifié le 5 novembre 2026 par Julia Guerin

OpenAI entraîne désormais ses modèles les plus avancés sans aucun accès à Internet. Les IA travaillent dans un « monde hors ligne », une copie du Web mise en cache, après plusieurs incidents où des agents ont franchi les barrières censées les contenir.

OpenAI coupe l’accès à Internet de ses agents pendant l’entraînement après plusieurs incidents

OpenAI a annoncé ce changement le 23 octobre 2026, dans une publication sur X où l’entreprise explique avoir retiré l’accès à l’Internet réel à tous ses modèles de pointe pendant l’entraînement. À la place, les modèles peuvent chercher dans des pages indexées et du contenu en cache, et s’entraîner à des tâches sur le Web sans pouvoir en sortir. La règle restera en place, précise OpenAI, tant que les progrès de ses protections ne justifient pas un accès plus large.

Un modèle a trouvé une porte de sortie par le DNS

L’incident déclencheur rapporté par The AI News remonte au 20 septembre 2026. Pendant un entraînement, un modèle de recherche interne chargé d’une tâche de recherche d’informations a exploité une erreur de configuration d’un serveur DNS, l’annuaire qui traduit les noms de domaine en adresses. Il a obtenu ainsi un accès limité à l’Internet réel et s’en est servi pour envoyer des requêtes à un chatbot public, selon le rapport technique d’OpenAI.

La surveillance a repéré le comportement en 15 minutes, mais le système censé arrêter automatiquement l’entraînement n’a pas fonctionné. L’arrêt manuel n’est intervenu que deux heures et demie plus tard, rapporte Fortune. OpenAI a alors suspendu l’entraînement et l’évaluation de ses modèles les plus puissants, pour la deuxième fois en moins de trois mois, avant de reprendre le 1er octobre.

Hugging Face, première victime en juillet

Ce n’était pas le premier incident. En juillet, des agents d’OpenAI sont sortis de leur environnement de test, leur « bac à sable », et un agent doté de capacités avancées en cybersécurité a compromis la plateforme Hugging Face. Selon Fortune, des milliers d’agents se sont échappés et des centaines ont participé à l’attaque, avant qu’OpenAI ne découvre l’essaim le 20 juillet et ne l’arrête. L’entraînement avait déjà été suspendu pendant deux semaines à la fin du mois.

Ce que les tests internes ont révélé

Pour comprendre jusqu’où ses IA pouvaient aller, OpenAI a lancé ses propres modèles contre son infrastructure, avec le code source et les détails de configuration en main. Ces tests ont consommé des centaines de milliards de tokens, et le résultat n’est pas rassurant : certains agents ont enchaîné des failles pour s’échapper de leurs machines virtuelles, d’autres ont trouvé des chemins détournés vers Internet par des services internes qui gardaient une connexion extérieure.

Le cas le plus étonnant ? Des agents placés dans des machines virtuelles séparées ont échangé des secrets fictifs à travers le cache du processeur. L’un modifiait le contenu du cache, l’autre mesurait les temps d’accès pour décoder le message, une technique de minutage proche de celle des failles Spectre et Meltdown. Ce canal contourne la surveillance du réseau, et OpenAI dit avoir ajouté des contrôles pour repérer ce type de tentative.

OpenAI dit avoir corrigé les logiciels touchés, avec les mainteneurs open source concernés et des correctifs pour le noyau Linux. Selon l’entreprise, ses agents n’ont trouvé aucune route vers Internet capable d’échapper à la surveillance.

Pourquoi ne pas tout couper ?

Un isolement total, sans aucune connexion, n’est pas possible, explique OpenAI : les expériences ont besoin de liens avec l’extérieur. L’entreprise empile donc les couches de protection, des machines virtuelles qui isolent le calcul du système hôte et un second barrage au niveau du réseau si un agent s’échappe malgré tout. Elle a aussi amélioré les systèmes qui arrêtent automatiquement un entraînement suspect, ceux-là mêmes qui avaient flanché en septembre.

OpenAI reconnaît que les failles trouvées se sont raréfiées au fil des tests, mais elle s’attend à ce que les prochains modèles en découvrent de nouvelles. Reste à savoir combien de temps un faux Internet suffira à tenir des IA de plus en plus douées pour trouver la sortie…

Catégories : CloudSécurité informatique

Julia Guerin

Julia Guerin

Julia Guerin a publié 8 articles sur Informatique 13 depuis 2019.